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Oeuvre sur papier de Mode2

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  1. |Biographie|

     

    L'artiste d'origine mauricienne est une figure majeure de la culture hip-hop… . Après trente ans de peinture dans la rue, il expose son univers dans les galeries et musées du monde entier, mais reste un artiste discret. Son influence est pourtant marquante dans l'évolution du street art et de la culture hip-hop, on lui doit notamment le logo du groupe de rap NTM. Grand technicien, il travaille beaucoup sur le mouvement et l'action dans ses compositions. Si la culture hip-hop est le fil rouge de sa production, les sujets qu'il traite sont particulièrement variés, allant de la politique à l'érotisme en passant par la danse. Acteur principal mais aussi témoin privilégié, il nous a parlé de la naissance du graffiti et de son évolution. 


    En tant que pionnier du graffiti, quelle était votre démarche à vos débuts ?

    J'ai commencé à Londres à une époque où en Europe il n'y avait que très peu de graffitis. Dès le début des années 80, j'étais intéressé par les logos à l'ancienne et la typographie. Le déclic a eu lieu en 1983 avec le clip de Buffalo Gals, un titre de Malcolm McLaren et World Famous Supreme Team, dans lequel le graffiti artiste new-yorkais Dondi peint. Un an plus tard, je dessinais des lettrages à Covent Garden, l'épicentre de la culture hip-hop en Europe. Au départ, j'essayais de faire comme les New-Yorkais mais j'étais comme un bébé qui essaie de courir avant de savoir marcher. Puis avec mon collectif des Chrome Angelz, on a vite développé notre propre identité et tout est allé très vite. Avec la sortie du livre Subway Art en 1984, le graffiti est devenu un phénomène mondial.


    Quel est votre regard sur l'évolution du graffiti ? 

    L'avancée de notre culture a été semée d'embûches. À New-York, dès les années 1970, tout a évolué très vite. L'acte de copier ou de recouvrir un graffiti était très mal perçu par les graffeurs eux-mêmes. Il fallait évoluer et innover pour éviter la bagarre. Mais avec l'expansion planétaire du graffiti et l'arrivée des fanzines, la copie s'est répandue, et l'innovation est devenue limitée. J'ai inventé un terme qui correspond bien à l'évolution du graffiti telle que je la vois : « la paninification ». Je me souviens du premier restaurant de paninis à Paris, c'était vraiment bien. D'autres restaurateurs on remarqué ce nouveau sandwich et se sont emparés de l'idée. Mais ils n'ont pas essayé de faire eux aussi quelque chose de bon, ils ont juste voulu faire un truc qui marchait autant. Du coup, le sandwich a perdu de son intérêt. C'est le même schéma pour le graffiti. Certains commissaires d'exposition ont voulu exploiter cette nouvelle tendance, sans la soutenir, mais juste pour avoir leur part du gâteau.



    Vous avez connu des mauvaises expériences en travaillant avec des institutions ?

    A l'occasion du bicentenaire de la Révolution française, j'ai bossé pour le ministère de la Culture, ce fut une période horrible. Les dirigeants ont voulu utiliser le hip-hop pour faire passer un message républicain aux jeunes. Pour eux, ça donnait le sentiment d'une révolution culturelle. D'où les animations graffiti dans les MJC. Ils ont considéré à tort qu'il suffisait de porter un blouson Starter et une casquette pour être un expert en culture hip-hop. Toutes ces choses-là contribuent à la constitution d'un mille-feuille de désinformation alors qu'elles auraient pu créer une émulation saine. Le problème c'est que les leaders, les mecs originaux ont été perdus aux milieux des imposteurs.


    C'était naturel pour vous de passer de la rue à la galerie, du mur au papier ? 

    Je peins moins souvent depuis 1997, à cause de mes problèmes de santé. J'ai atteint mon seuil de tolérance aux encres et aux produits chimiques des bombes. Je dessinais déjà avant de m'intéresser au graffiti, et j'essaie aujourd'hui avec un crayon de recréer l'urgence, la spontanéité et la gestuelle du tag, de créer l'abréviation d'une action. Avec certains de mes dessins minimalistes, le moindre trait est important, comme la bonne note en musique ou le bon pas en danse. Je fais toujours ce qui me plaît et pas forcément pour vendre. Quand je fais une expo, c'est un exercice à part. Je pense mes œuvres comme un décorateur d'intérieur le ferait. Pour les composer, je les imagine exposées chez quelqu'un. Mais ça ne m'empêche pas de faire des dessins érotiques en grand format. A la base, je ne fais pas partie d'une culture de galerie, alors l'adaptation est parfois difficile, mais intéressante.



    Vous faites partie de l'histoire du graffiti, mais on a le sentiment que vous essayez de rester en retrait du monde de l'art... 

    J'évite les ventes aux enchères comme la peste. Le monde de l'art contemporain ne connait pas le graffiti, mais il y a appliqué ses propres règles de cotes et d'estimations. Et ça a donné n'importe quoi. De l'intérêt dégagé par la presse ou par le public pour une vente unique découle une cote d'artiste. Il y a quelques années, la banderole dessinée par Futura pour la tournée de The Clash en 1982 était mise en vente à 15 000 $ alors que Le livre de la jungle vu par Banksy était estimé à 45 000 $. Je connais la valeur de Banksy et je ne la remet pas en question, mais comment un artiste comme aussi influent que Futura peut-il être à ce point sous-estimé ? Ce n'est que le résultat d'une sélection par des gens qui n'y connaissent rien. Et cela renvoie une mauvaise image aux visiteurs qui apprennent des mensonges en croyant s'instruire.

    Quel est votre rapport aux marques ?


    Le graffiti a toujours été lié à la publicité et au packaging. Je réalise de temps en temps des collaborations avec des marques (Nike, Wesc...). J'ai même fait la déco d'un anniversaire de Vanessa Paradis. Les collaborations font depuis toujours partie intégrante du monde du graffiti, mais j'essaye de ne travailler qu'avec des marques dont la philisophie me ressemble ou que je porte moi même.

    Pouvez-vous nous parler du contenu de votre exposition ?

    Le support papier a été une vraie contrainte pour moi. Mais cette exposition m'a permis de présenter des travaux que je cherchais à placer depuis un moment. Comme les portraits de dirigeants africains. L'idée m'est venu à l'occasion des 50 ans de l'Organisation de l'Unité Africaine. Ces dessins sont à la fois des idées récurrentes, presque des études, comme les pièces érotiques, des dessins d'après photo, des trucs imaginés de toute pièce et d'autres complètement spontanés basés sur le mouvement et la gestuelle. Mais je ne saurai expliquer les œuvres en détail, les interprétations des spectateurs sont souvent plus intéressantes que les idées de l’artiste. @telerama