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Toile de C215

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  1. |Biographie|

     

    Christian Guémy, alias C215, est né en 1973. Il suit des études en histoire de la théorie de l'architecture et se spécialise en histoire de l'architecture, de la théorie de l'architecture et en histoire de la décoration classique. Il commence à travailler comme historien de l'art pour Les compagnons du devoir dans leur encyclopédie des métiers puis au syndicat du meuble en tant que chargé d'étude en marketing. Il devient ensuite responsable export pour un éditeur de tissus d'ameublement classique. Il vendait des soieries, des velours de Gênes, des Jacquards, des tapisseries... Il débute les pochoirs en 2006 et rencontre tout de suite le succès. Il vit et travaille à Vitry-sur-Seine (94).




    CHRISTIAN GUEMY, ALIAS C215 - "Je suis comme les Oompa Loompas dans Charlie et la Chocolaterie"


    Christian Guémy, 42 ans, alias C215, colore les rues depuis 2006 avec ses portraits au pochoir. D'abord à Paris puis très rapidement dans le monde entier.


    Quand et comment avez-vous commencé le pochoir ?

    Christian Guémy : J'ai commencé le pochoir en 2006. Après, je pense qu'on peut parler d'œuvre quand il y a présentation au public, donc tout ce qui est antérieur à 2006, on va dire que cela ne compte pas. Mes débuts étaient liés à des circonstances personnelles. J'étais dépressif en fait, parce que je m'étais séparé de la mère de ma fille et donc de ma fille, qui était très jeune. Cela m'avait complètement déstabilisé de ne pas pouvoir vivre avec mon enfant alors j'ai trouvé une activité compulsive : faire du street-art. Le projet était de pouvoir atteindre un degré de réalisme qui me permettrait de peindre le portrait de ma fille autour de chez elle pour lui adresser des clins d'oeil. Je me suis entraîné, je suis allé peindre dans la rue et je me suis pris au jeu. J'ai été immédiatement contacté par une galeriste. Au bout de trois mois, j'avais une galeriste qui a présenté mon travail, six mois après j'étais exposé à l'étranger, un an après j'étais pris en main par Banksy.


    Continuez-vous toujours à peindre votre fille sur les murs de son quartier ?

    Non j'ai arrêté. Elle a douze ans maintenant et aujourd'hui on a atteint un âge où la question du narcissisme est devenue plus délicate, parce qu'elle est en train de se forger une personnalité et que je pense qu'elle a précisément l'intelligence de vouloir se forger une identité en dehors de mes représentations. Donc maintenant que les choses sont établies, on n'a plus besoin de nouer une relation ni de se faire des démonstrations, ce qui fait que je lui fiche la paix.


    Pourquoi avoir choisi le pochoir ?

    L'idée était que dans un système urbain qui ne permettait, à l'époque, pas du tout de peindre –Paris en 2006 était verrouillé à ce niveau– de pouvoir intervenir dans la rue de manière réaliste et efficace, pour réaliser rapidement des œuvres de petites tailles. Et durablement, parce que c'est de la peinture, pas des affiches ou des autocollants.


    Quelles sont vos sources d'inspiration, quels artistes ont influencé votre travail ?

    J'ai étudié l'histoire de l'art jusqu'en Master 2, ce qui fait que j'ai une culture artistique assez large. Après, ce qui m'influence, c'est la culture populaire, mon histoire, mes amis. Les artistes, il y en a aussi de nombreux qui m'influencent, dans la culture picturale classique (Le Caravage), les classiques français du XVIIe siècle, les peintures romantiques, Pignon-Ernest pour les modernes, Banksy l'un des plus contemporains. Il y a un peu de tout. C'est aussi la tradition post-moderne française du nouveau réalisme, la figuration libre, finalement tout ce qui conduit à la synthèse actuelle.


    N'êtes-vous pas pas arrivé au bon moment pour rencontrer si rapidement le succès ?

    L'histoire de l'art urbain, ça fait 40-45 ans qu'elle existe. Mais c'est un peu comme le rock'n'roll : tous les cinq ans, il y a une nouvelle génération qui définit ce qu'est le rock'n'roll. Donc je suis arrivé à mon moment. Peut-être que je suis arrivé précisément au moment où le graffiti a rencontré son média avec Internet, ce qui fait que j'ai été l'un des pionniers de l'art urbain sur Internet. J'ai façonné l'art urbain sur Internet et Internet a sûrement façonné mon travail. Donc c'est plutôt cette conjonction qui fait que je suis arrivé au début des années 2000 et de l'explosion de la culture web.


    Votre travail a évolué, du noir et blanc à la couleur, de personnages brisés à des choses plus légères...

    Je crois que c'est comme dans la pub Picasso. C'est aussi l'histoire d'un parcours. Je m'étais pas spécialement en bon état quand je me suis mis à tout ça. Je me suis beaucoup construit et je pense que c'est aussi une histoire de maturation intellectuelle. Peut-être que lorsqu'on a 30 ans, on a encore une vision assez binaire de la vie et de la société et qu'ensuite les choses se complexifient. Il y a un parallèle à dresser sur le plan technique, aussi bien dans l'élaboration des couleurs, des niveaux, des contrastes. Mon travail est beaucoup moins contrasté qu'à mes débuts.


    Cela reflète une meilleure période de votre vie ?

    Aujourd'hui, j'ai bien peur d'être très heureux.


    Peur ?

    Certains disent que cela nuit à la créativité mais je n'en ai pas l’impression.


    À vos débuts, votre fille était votre source d'inspiration. Quelle est-elle maintenant ?

    Cela dépend des villes, des rencontres, de l'état d'esprit, de qui m'accompagne. Il n'y a pas de règles fixes. J'essaie de me laisser inspirer par toutes les villes où je pose les pieds. Ici, à Madrid, j'ai peint deux clochards. Enfin c'est pas un clochard, disons un clochard céleste, l'alcoolique de la porte de Vincennes. J'essaie vraiment de me laisser guider par le cadre, le contexte dans lequel je suis.


    Vous avez tout récemment réalisé le design des rues virtuelles du jeu vidéo Far Cry 4. Comment avez-vous vécu cette nouvelle expérience ?

    Ubisoft m'a contacté. Je pense que c'est important de décloisonner dans cette pratique, d'être une sorte de porte d'entrée de l'art urbain. J'ai toujours été enthousiaste à l'idée de conquérir des nouveaux publics, des nouveaux territoires. Quelque part, le jeu vidéo, pour les nouvelles générations, c'est l'équivalent du cinéma pour la mienne. C'est du cinéma interactif. J'ai été content d'intégrer le process, les grandes productions, mais ça ne veut ni dire que je recommencerai ni dire que je ne recommencerai pas. Je cherche toujours à casser ma routine.


    Vous souhaitez faire passer un message, dénoncer au travers de vos œuvres ?

    Je ne dénonce pas grand chose. Après, je pense que le public ou les blogs ont toujours besoin de situer les choses, parce que l'art urbain serait quelque chose qui dénoncerait, une forme de rebellion. Moi, je ne suis pas rebelle du tout. Je trouve que je suis beaucoup plus proche de l'ordre que du désordre. Je ne suis pas non plus illustrateur. Je suis plutôt là pour faire plaisir aux autres que pour leur déplaire. Je suis plutôt friand de la satisfaction des autres. Je suis, on va dire, une fille de joie. Ou alors un confiseur, comme les Oompa Loompas dans Charlie et la Chocolaterie. J'aime bien faire plaisir, tout simplement. @ Baptiste Langlois pour @lepetitjournal.com